Négociation commerciale
Un acheteur en appel d'offres se discipline pour ne pas surpayer un fournisseur « remporté » dans la fièvre de la compétition.
🛠️ Méthodes & tactiques
Écoles anglo-saxonnes de la négociation
C. Karrass, R. Dawson, H. Cohen, N. Rackham (SPIN), T. Gordon (DESC/écoute active).
Détail complet dans la section « Origine & histoire » ci-dessous.
Dans une enchère ou une compétition, celui qui l'emporte est souvent celui qui a le plus surestimé la valeur du bien : il « gagne » mais paie trop cher. Connaître la malédiction du gagnant, c'est savoir se discipliner pour ne pas remporter une victoire qui coûte plus qu'elle ne rapporte, et pousser l'autre à y tomber.
Le concept de « winner's curse » a été identifié en 1971 par trois ingénieurs pétroliers, Capen, Clapp et Campbell, en étudiant les enchères de concessions d'exploration : les compagnies qui remportaient les gisements réalisaient des rendements décevants, car remporter l'enchère signifiait avoir surévalué la réserve. L'économiste Richard Thaler l'a ensuite popularisé et généralisé. La leçon : dans toute situation d'enchère avec incertitude, le simple fait de gagner est une mauvaise nouvelle sur son estimation, il faut donc enchérir prudemment, en dessous de sa propre évaluation.
La technique consiste, défensivement, à corriger sa propre estimation à la baisse dans les situations d'enchère (le gagnant est statistiquement l'optimiste qui s'est trompé), et offensivement, à créer une dynamique de compétition qui pousse l'autre à surenchérir contre lui-même.
Application par contexte
Un acheteur en appel d'offres se discipline pour ne pas surpayer un fournisseur « remporté » dans la fièvre de la compétition.
Un négociateur se méfie d'un accord obtenu trop facilement dans un contexte de surenchère, signe qu'il a peut-être trop concédé.
Une partie évite de « gagner » un bras de fer à un coût qui dépasserait tout bénéfice réel.
Un État en compétition d'enchères (fréquences, marchés) enchérit prudemment pour ne pas remporter un actif surpayé.
Face à une surenchère entre acheteurs, l'un se fixe un plafond ferme pour ne pas remporter le bien au prix de la malédiction du gagnant.
Dans une vente aux enchères de biens familiaux, on se garde d'emporter un lot dans l'émotion à un prix déraisonnable.
Comprendre la malédiction du gagnant protège des victoires ruineuses et permet de faire tomber l'adversaire dans le piège de la surenchère. Ses limites : elle concerne surtout les situations d'enchère et d'incertitude ; elle demande une discipline émotionnelle que la compétition met à rude épreuve.
Essentielle dans les enchères, appels d'offres et situations de compétition entre plusieurs acquéreurs. Moins pertinente dans un face-à-face sans dynamique d'enchère.
Nos accompagnements transforment la théorie en avantage concret.