Commercial · Fournisseur et distributeur : agrandir le gâteau au lieu de se battre sur la remise, Le schéma classique décrit par Fisher et Ury en négociation commerciale : deux parties bloquées sur un point de prix. Le vendeur qui adopte l’approche collaborative cesse de défendre son tarif et interroge les intérêts de l’acheteur (trésorerie, délai, sécurité d’approvisionnement). Lorsqu’il découvre que la contrainte réelle est la trésorerie, il maintient le prix mais restructure les conditions de paiement et propose un stock déporté. La valeur créée par cet échange d’intérêts non tarifaires dépasse largement l’écart de prix initial, illustrant le principe intégratif : ce qui coûte peu à l’un peut valoir beaucoup à l’autre.
Politique · Réforme fiscale en coalition : concilier baisse d’impôt et financement public, Scénario représentatif inspiré des logiques de coalition. Deux partis bloquent : l’un veut afficher une baisse d’impôt, l’autre défendre un service public. En pur affrontement de positions, aucun accord n’est valorisable. L’approche collaborative recadre le débat sur les intérêts : signal de pouvoir d’achat pour l’un, préservation d’un service pour l’autre. Le dispositif conçu, allègement ciblé sur les ménages modestes, recette fléchée vers le service, permet à chaque camp de revendiquer une victoire auprès de son électorat. La négociation intégrative offre ici ce que le compromis coupé en deux ne donne pas : un accord dont les deux parties tirent une valeur politique distincte.
Diplomatique · Camp David 1978 : la souveraineté du Sinaï contre la sécurité d’Israël, Cas emblématique et documenté cité par Fisher et Ury eux-mêmes. Après la guerre de 1967, Israël occupe le Sinaï égyptien. En 1978, à Camp David, Sadate exige la restitution totale, Begin refuse de rendre tout le territoire. Carte après carte, aucune ligne de partage ne satisfait les deux positions. Le déblocage vient de l’exploration des intérêts : l’Égypte veut la souveraineté sur une terre égyptienne depuis les pharaons ; Israël veut la sécurité, c’est-à-dire pas de chars égyptiens à sa frontière. La solution intégrative rend au Sinaï sa pleine souveraineté égyptienne tout en le démilitarisant largement, garantissant la sécurité israélienne. Deux intérêts jugés inconciliables se révélaient parfaitement compatibles.
Judiciaire · Médiation d’un litige commercial : de la bataille de torts à la solution conjointe, Scénario représentatif de médiation. Deux entreprises liées par un contrat s’assignent mutuellement pour inexécution, chacune campant sur son bon droit. Le contentieux menace de durer des années et de détruire la relation. Le médiateur applique l’approche collaborative : il déplace le débat de la recherche du coupable vers les intérêts réels, l’une veut être payée rapidement, l’autre préserver sa réputation et un canal d’approvisionnement. L’accord transactionnel combine un échéancier de paiement, une clause de qualité renforcée et la poursuite de la relation commerciale. Les parties évitent le coût, l’aléa et la publicité du procès : la solution conjointe crée plus de valeur que n’importe quel jugement à somme nulle.
Entreprise · Saturn (GM-UAW) : le partenariat syndicat-direction poussé à son terme, Expérience réelle et largement étudiée (Rubinstein & Kochan, Learning From Saturn). Au début des années 1980, General Motors et le syndicat UAW créent ensemble Saturn, à Spring Hill, pour prouver qu’on peut produire une petite voiture aux États-Unis. Plutôt que le marchandage distributif habituel, ils bâtissent un partenariat intégratif : un « groupe des 99 » cherche dans le monde les meilleures pratiques, les représentants syndicaux entrent dans les décisions stratégiques, les classifications de postes sont drastiquement réduites et 20 % de la paie est indexée sur la qualité et les résultats. Le cas illustre la puissance de la collaboration, mais aussi ses limites : la confiance mutuelle exigée est coûteuse à entretenir, et le modèle s’érodera ensuite, rappelant qu’une approche collaborative n’est jamais acquise une fois pour toutes.
Vie quotidienne · L’orange partagée : deux besoins derrière une même demande, Parabole fondatrice de la négociation intégrative, popularisée par Follett et reprise par Fisher et Ury. Deux personnes se disputent une seule orange et, faute de mieux, décident de la couper en deux. L’une presse sa moitié pour le jus et jette l’écorce ; l’autre râpe son zeste pour un gâteau et jette la pulpe. En s’étant arrêtées à leurs positions (« je veux l’orange »), elles ont perdu la moitié de la valeur. Si elles avaient exploré leurs intérêts, l’une aurait eu tout le jus et l’autre tout le zeste. Le quotidien regorge de ces « oranges » : la clé collaborative est de toujours demander pourquoi l’autre veut ce qu’il demande.