NEGOCOACH
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Origine : École de Harvard

🎓 École de Harvard

Négociation raisonnée

R. Fisher & W. Ury, « Getting to Yes », Harvard Negotiation Project, 1981.

Détail complet dans la section « Origine & histoire » ci-dessous.

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La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS

Cadrage et justification Technique 125 / 360
Alexandre Baumberger

Auteur de la bibliothèque

Alexandre Baumberger

Professeur de négociation à KEDGE Business School

Une triple culture rare au service de la négociation : l'enseignement, la justice économique et l'audit, doublée d'une expérience de chef d'entreprise à Bordeaux.

  • Enseignement, KEDGE Business School Professeur de négociation depuis 2014 (12 ans).
  • Justice consulaire, Tribunal de commerce Juge de 2018 à 2026 : contentieux, puis procédures collectives.
  • Audit & conseil, plus de 20 ans Audit fiscal, social et financier en grands cabinets, pour de grands groupes.
L'essentiel

Plutôt que d'opposer deux volontés (« je veux » contre « je veux »), la technique des critères objectifs ancre la discussion sur des standards externes et légitimes : prix du marché, précédents, normes techniques, expertise indépendante, indices officiels. La négociation cesse d'être un bras de fer pour devenir la recherche commune de la solution la plus juste. Celui qui refuse une référence légitime doit en proposer une autre, ce qui maintient l'échange sur un terrain rationnel où la pression cède la place au principe.

Niveau de lecture

Fiche d'identité

Le profil de sa famille en un coup d'œil

Efficacité Impactpsychologique Discrétion Préparation Risquerelationnel Éthique
6,3 / 10 Potentiel tactique

Vigilance : faible (2,5/10) · Préparation exigée : 5/10

Adossement de l'école d'origine École adossée à la recherche expérimentale

Profil indicatif : il situe la famille « Cadrage & justification » telle que la pratique l’école École de Harvard, et non cette technique prise isolément. Les techniques d’une même famille et d’une même école partagent donc le même profil. Évaluation éditoriale Négocoach sur 10, non expérimentale · plus la valeur de « risque relationnel » est haute, plus la technique est coûteuse pour la relation.

Évaluation NEGOCOACH

Comment lire cette note

Potentiel tactique 6,3/10 (efficacité, impact, discrétion) et vigilance faible (risque relationnel et éthique) : deux lectures distinctes, volontairement jamais fusionnées en une note unique, qui récompenserait le risque. Évaluation éditoriale NEGOCOACH calibrée à partir de la famille « Cadrage & justification » et de l’école « École de Harvard ». Chaque critère est noté sur 10 ; cliquez pour comprendre ce qu’il mesure.

  • Efficacité 7/10 · Élevé

    Capacité de la technique à faire aboutir la négociation dans le sens recherché lorsqu'elle est bien exécutée.

  • Impact psychologique 6/10 · Élevé

    Force de l'effet produit sur les perceptions, les émotions et les décisions de l'interlocuteur.

  • Discrétion 6/10 · Élevé

    Difficulté, pour l'autre partie, de repérer que la technique est employée. Une valeur haute = très discrète.

  • Préparation 5/10 · Modéré

    Travail d'information, d'analyse et d'entraînement requis en amont pour l'utiliser efficacement.

  • Risque relationnel 2/10 · Faible

    Coût potentiel pour la relation et la confiance si la technique est détectée, refusée ou échoue. Valeur haute = plus risquée.

  • Éthique 8/10 · Très élevé

    Acceptabilité morale : loyauté, transparence et respect de l'autonomie de l'interlocuteur. Valeur haute = plus défendable.

Niveau de preuve

École adossée à la recherche expérimentale

L'école dont cette technique est issue s'appuie sur des travaux expérimentaux répliqués et revus par les pairs. Cet indicateur qualifie l'école, et non la validation expérimentale de cette technique prise isolément.

Évaluation éditoriale indicative NEGOCOACH, à visée pédagogique. Pour « Risque relationnel », une valeur haute signale un coût pour la relation, non une qualité.

Synthèse des CRITÈRES OBJECTIFS


Origine & histoire

Troisième pilier de la négociation raisonnée de Harvard, formalisé par Roger Fisher et William Ury dans Getting to Yes (1981), le recours aux critères objectifs répond à une question simple : comment trancher un désaccord sans en faire une pure épreuve de volonté ? Les auteurs, animateurs du Harvard Negotiation Project, observent que les accords adossés à des standards partagés sont plus stables et mieux acceptés, car chaque partie peut se justifier auprès de ses mandants. La technique déplace la pression de « cède à ma volonté » vers « acceptons ce que dit la référence ». Le principe puise dans une intuition ancienne, l'arbitrage par la règle plutôt que par la force, que l'économie comportementale a depuis éclairée : les êtres humains jugent une issue à l'aune de sa légitimité perçue autant que de son montant.


Définition et principe

La technique consiste à identifier ensemble des critères pertinents et indépendants des deux parties, puis à s'y référer pour évaluer chaque proposition. Un critère est recevable s'il est légitime (reconnu par un tiers de bonne foi), indépendant (il ne se plie pas à la volonté d'un camp) et pratique (applicable au cas). En pratique on procède en trois temps : formuler chaque question comme une recherche conjointe du bon standard, raisonner sur le critère le plus adapté, puis ne céder qu'au principe, jamais à la pression, à la menace ou au chantage. Refuser un critère légitime oblige à en avancer un autre, ce qui rend le blocage coûteux et rare.


Objectifs de la technique

  • Sortir du rapport de force en substituant à l'affrontement des volontés une référence commune que nul ne contrôle seul.
  • Produire un accord durable et défendable, que chaque partie peut justifier auprès de ses mandants sans perdre la face.
  • Neutraliser les ancrages arbitraires et les tactiques de pression en ramenant toute exigence à l'épreuve d'un standard vérifiable.
  • Accélérer la convergence en réduisant l'espace de discussion aux critères et à leur application plutôt qu'aux positions.

Exemples concrets d’application

Application par contexte

La même technique, sur tous les terrains de négociation

Contexte 1 / 8

Négociation commerciale

Un acheteur et un fournisseur bloquent sur le prix d'un lot d'équipements. Le vendeur ancre haut, l'acheteur bas. On sort de l'impasse en s'appuyant sur les tarifs publics du marché, deux devis concurrents et l'indice des prix de la catégorie.

Comment l’intégrer

Après avoir exploré les intérêts, on annonce : « Cherchons ensemble le juste prix : sur quelle référence de marché nous accordons-nous ? »

Points forts

Dépersonnalise le prix, rend l'ancrage adverse inopérant, produit un chiffre opposable en interne.

Points faibles

Suppose des références publiques disponibles ; un marché opaque ou très spécifique affaiblit la démarche.

Contexte 2 / 8

Négociation d’achat

Un service achats renégocie un contrat de maintenance. Plutôt que de marchander au doigt mouillé, il aligne le tarif sur les barèmes de la profession, le coût horaire constaté et le taux d'inflation officiel appliqué aux clauses de révision.

Comment l’intégrer

Le critère est posé dès le cahier des charges : « La révision annuelle suivra l'indice Syntec, pas une négociation à chaud. »

Points forts

Sécurise juridiquement, évite les renégociations émotionnelles, protège l'acheteur des hausses opportunistes.

Points faibles

Un indice mal choisi peut se retourner contre l'acheteur ; il faut anticiper la volatilité du standard retenu.

Contexte 3 / 8

Négociation sociale

Lors d'une NAO, une hausse salariale est discutée. La direction et les syndicats l'adossent à l'inflation INSEE, aux grilles de branche et aux résultats publiés de l'entreprise, ce qui objective un débat volatil.

Comment l’intégrer

On convient d'abord des critères, inflation, minima de branche, résultats, avant de discuter le pourcentage.

Points forts

Rend l'accord explicable aux salariés, désamorce la surenchère, ancre la revendication dans du vérifiable.

Points faibles

Les parties peuvent se disputer le choix du critère (inflation vs. productivité) et déplacer le conflit d'un cran.

Contexte 4 / 8

Gestion de crise

Dans une négociation de crise sur des indemnités après un sinistre, l'assureur et la victime s'affrontent sur le montant. On mandate une expertise indépendante et l'on retient les barèmes d'indemnisation publiés comme grille de référence.

Comment l’intégrer

On propose l'expert tiers comme sortie de l'impasse émotionnelle : « Que l'évaluation vienne d'un tiers que nous choisissons ensemble. »

Points forts

Décharge l'affect, légitime le résultat, évite le procès en donnant une base neutre.

Points faibles

La récusation de l'expert ou du barème peut relancer le conflit ; le tiers doit être crédible pour les deux.

Contexte 5 / 8

Négociation politique

Deux États négocient un redécoupage de zone économique. Chacun campe sur sa position, jusqu'à ce qu'un modèle économique indépendant chiffre les conséquences de chaque option et déplace le débat vers les faits.

Comment l’intégrer

On introduit le modèle comme arbitre commun : « Regardons ce que dit la simulation avant de camper sur nos chiffres. »

Points forts

Permet de bouger sans perdre la face (« ce sont les données qui parlent »), rend l'accord ratifiable.

Points faibles

La construction du modèle et de ses hypothèses devient elle-même un enjeu de pouvoir.

Contexte 6 / 8

Négociation immobilière

Un vendeur et un acquéreur bloquent sur le prix d'un appartement. On s'appuie sur les références notariales du quartier (prix au m² des ventes récentes comparables) et sur une estimation d'agence indépendante.

Comment l’intégrer

« Prenons les trois dernières ventes comparables de l'immeuble et raisonnons au m² » ancre la discussion dans le réel.

Points forts

Chiffre difficile à contester, désamorce l'attachement affectif du vendeur, accélère la transaction.

Points faibles

Le choix des « comparables » (état, étage, exposition) laisse une marge d'interprétation exploitable.

Contexte 7 / 8

Négociation interculturelle

Un exportateur européen et un partenaire asiatique négocient des pénalités de retard. Les usages diffèrent ; on adopte les Incoterms et normes ISO comme référence neutre, extérieure aux deux cultures.

Comment l’intégrer

On propose un standard international partagé : « Appuyons-nous sur les Incoterms, que ni vous ni nous n'avons écrits. »

Points forts

Évite le procès en ethnocentrisme, offre un langage commun, sécurise l'exécution transfrontalière.

Points faibles

Toutes les cultures n'accordent pas la même autorité à la norme écrite ; la relation peut primer le critère.

Contexte 8 / 8

Négociation familiale

Lors d'un partage successoral, deux héritiers se disputent la valeur de la maison familiale. On mandate une estimation par un notaire et l'on retient la moyenne de deux expertises pour dépassionner le débat.

Comment l’intégrer

« Faisons estimer par un professionnel neutre et partons de son chiffre » évite que l'affect fixe le prix.

Points forts

Préserve le lien familial, sort du soupçon de mauvaise foi, produit une base acceptable pour tous.

Points faibles

L'attachement sentimental peut faire rejeter toute valeur « froide » ; le critère ne règle pas tout le vécu.


Contre-techniques

Repérer et neutraliser cette technique

La négociation se joue aussi en défense. Voici comment la reconnaître quand on l'emploie contre vous, et la retourner.

Détecter

Les signaux qui la trahissent

  • Un chiffre présenté comme une évidence
  • « Le marché, c'est comme ça »
  • Une comparaison orientée

Neutraliser

Les parades pour la désamorcer

  • Recadrer avec une autre référence
  • Demander la source
  • Changer d'unité de mesure

Retourner

La transformer en avantage

Imposez votre propre grille de lecture avant que l'autre n'installe la sienne.

Le piège à éviter

Accepter le cadre implicite sans le nommer.

En bref

  • Difficulté : Intermédiaire
  • Efficacité estimée : Élevée
  • Temps de mise en œuvre : Moyen
  • Domaines d’application : Commerciale, Achats, Sociale, Diplomatique, Immobilière, Juridique
  • Synonymes : Standards indépendants, Recours aux normes, Critères légitimes, Principe de référence externe
  • Tags : négociation raisonnée, Harvard, cadrage, légitimité, Fisher-Ury, standards, objectivation

Forces et Faiblesses

La technique transforme un affrontement de volontés en résolution de problème : elle protège la relation, produit des accords défendables et durables, et neutralise les tactiques de pression comme l'ancrage arbitraire. Elle donne au négociateur faible en pouvoir une arme redoutable, un standard légitime qu'aucune force ne peut décemment balayer, et offre à chacun un récit acceptable auprès de ses mandants.


Quand utiliser cette technique ?

À privilégier lorsque les positions sont éloignées mais qu'il existe des références externes crédibles (marchés, barèmes, précédents, expertises), lorsque l'accord devra être justifié à des tiers, lorsque le rapport de force vous est défavorable, ou quand l'émotion menace de faire dérailler un dossier techniquement objectivable. Moins adaptée quand aucun standard partagé n'existe ou quand l'enjeu est purement relationnel.


Cas célèbres

Commercial · La négociation salariale adossée au marché, Les recherches menées par le Program on Negotiation de Harvard montrent qu'un candidat qui étaye sa demande de rémunération sur des données de marché vérifiables (barèmes sectoriels, référentiels publics de type Levels.fyi ou données publiques de branche) obtient de meilleurs résultats qu'en argumentant par le seul mérite. Un point notable : lorsque l'information objective sur les salaires est disponible avant l'entretien, l'écart de résultats entre hommes et femmes tend à disparaître. Le critère externe joue ici un double rôle, il légitime la demande et corrige un biais relationnel, illustrant que l'objectivation ne sert pas qu'à convaincre, elle égalise aussi le terrain.

Politique · Le modèle du MIT à la Conférence sur le droit de la mer, Fisher et Ury rapportent, dans Getting to Yes, un cas devenu classique de la troisième Conférence des Nations unies sur le droit de la mer. États-Unis et pays en développement (dont l'Inde) s'opposaient frontalement sur la redevance que les compagnies minières devraient payer pour exploiter les nodules polymétalliques des grands fonds. Plutôt que de marchander position contre position, les délégations se sont appuyées sur un modèle économique indépendant développé par le MIT, qui simulait la rentabilité d'une mine et les revenus de l'Autorité selon divers régimes de paiement. Confrontées à cette référence commune, les deux parties ont révisé leurs exigences initiales : le débat s'est déplacé des volontés vers les hypothèses du modèle, ouvrant la voie à un compromis chiffré et défendable.

Diplomatique · Namibie : des « principes » comme socle de transition, Le processus d'accession de la Namibie à l'indépendance illustre la puissance des critères posés en amont. Face à l'enchevêtrement des volontés (Afrique du Sud, SWAPO, groupe de contact occidental), la négociation a progressé en fixant d'abord un cadre de principes partagés : la résolution 385 du Conseil de sécurité puis, en 1982, un texte de « Principes concernant l'Assemblée constituante et la Constitution » transmis par le groupe de contact et accepté par toutes les parties. En ancrant la suite du processus sur ces standards convenus plutôt que sur les rapports de force du moment, les médiateurs ont donné à chaque camp une base justifiable, condition d'un accord que nul ne pouvait dénoncer comme une capitulation.

Judiciaire · L'expertise indépendante comme critère d'indemnisation, En matière d'indemnisation, dommages corporels, expropriation pour cause d'utilité publique, litiges assurantiels -, la pratique judiciaire française institutionnalise le critère objectif via l'expertise contradictoire et les barèmes de référence. Dans l'expropriation, la juste indemnité se détermine par référence à la valeur vénale établie sur des mutations comparables, non par le désir du propriétaire ni le budget de la collectivité. De même, l'indemnisation du préjudice corporel s'appuie sur des référentiels (nomenclature Dintilhac, barèmes de capitalisation). Le juge n'y arbitre pas deux volontés : il applique un standard extérieur, rendant la décision motivable et réduisant l'arbitraire, exactement la logique que Fisher et Ury transposent hors du prétoire.

Entreprise · La clause d'indexation en négociation d'achats, Dans les contrats-cadres industriels, les directions achats évitent les renégociations à chaud en inscrivant dès l'origine des critères d'ajustement objectifs : indexation des prix sur un indice public (Syntec pour les prestations intellectuelles, indices matières premières pour les composants), clauses de révision liées à l'inflation officielle, benchmarks contractuels. Quand le fournisseur invoque une hausse de ses coûts, la discussion ne porte plus sur sa « volonté » d'augmenter mais sur l'évolution mesurée de l'indice convenu. Ce cadrage préventif désamorce l'essentiel des conflits tarifaires : le critère, accepté à froid, fait autorité à chaud, et protège les deux parties d'un rapport de force conjoncturel.

Vie quotidienne · Vendre son logement au prix des comparables, Un propriétaire attaché à son appartement l'estime à un prix que le marché ne valide pas ; l'acquéreur, lui, ancre bas. La sortie tient en un critère : les références notariales et les ventes récentes comparables du même immeuble, ramenées au prix au m². En posant « prenons les trois dernières transactions comparables et raisonnons au m² », on remplace l'affrontement affectif par une grille vérifiable. Le vendeur peut renoncer à quelques milliers d'euros sans se sentir dupé, ce n'est pas l'acheteur qui l'impose, c'est le marché qui le dit -, et l'acquéreur cesse de sous-coter. Le critère dépassionne, accélère et rend l'accord défendable des deux côtés.


Erreurs fréquentes

  • Dégainer un critère partial déguisé en standard neutre : proposer « le prix du marché » en ne citant que les références qui vous arrangent détruit la crédibilité de la démarche.
  • Confondre critère et position : marteler un chiffre en le baptisant « objectif » sans accepter d'en discuter la pertinence revient à cacher un rapport de force sous un vernis rationnel.
  • Négliger la négociation du critère lui-même : le conflit se déplace souvent vers le choix du standard (inflation ou productivité ?) ; l'ignorer, c'est croire l'accord acquis alors qu'il reste à obtenir.
  • Céder à la pression après avoir invoqué un principe : accepter une menace ou un chantage une fois le critère posé ruine toute la logique et apprend à l'autre que vos principes sont négociables.

Comment reconnaître et contrer cette technique

Face à un adversaire qui vous oppose un critère orienté, ne le rejetez pas frontalement : demandez-lui d'en justifier la légitimité et proposez-en un autre, tout aussi indépendant, puis suggérez d'en retenir la moyenne ou de faire trancher par un tiers. Retournez systématiquement la charge : « Sur quel principe vous fondez-vous ? » oblige l'autre à quitter le pur rapport de force. Si l'on refuse tout standard, nommez-le : « Nous n'avons donc aucune référence commune ? », l'aveu est coûteux et ramène souvent l'interlocuteur à la raison.


Limites et éthique

La technique suppose l'existence de références crédibles et partagées : sur un marché opaque, un bien unique ou un enjeu purement relationnel, aucun critère ne s'impose et l'outil tourne à vide. Elle peut aussi être instrumentalisée, chacun brandissant le standard qui l'avantage -, déplaçant le conflit sans le résoudre. Enfin, un critère mal choisi (indice volatil, expert récusable, comparables discutables) fragilise l'accord au lieu de le sécuriser. L'objectivité est une construction négociée, jamais une donnée qui tombe du ciel.


Variantes et techniques liées

La technique se décline en plusieurs formes : le recours à l'expert tiers ou à l'arbitrage (on délègue l'évaluation à un neutre choisi ensemble) ; la clause d'indexation qui fige le critère à froid pour éviter les renégociations à chaud ; la procédure équitable (« l'un coupe le gâteau, l'autre choisit ») quand le critère porte sur le partage plus que sur la valeur ; enfin le benchmark comparatif qui aligne l'offre sur un panel de références. Toutes partagent le même ADN : substituer une règle indépendante à l'affrontement des volontés.


Pour aller plus loin

  • Fisher R., Ury W., Patton B., Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In, chapitre 5 « Insist on Using Objective Criteria »
  • Program on Negotiation (Harvard Law School), dossiers « Setting Standards in Negotiations » et « Salary Negotiations »
  • Ury W., Getting Past No, pour le maniement des critères face à un interlocuteur récalcitrant
  • Nomenclature Dintilhac et barèmes de capitalisation (référentiels d'indemnisation du préjudice corporel, France)

Fondements scientifiques

  • Fisher, R., Ury, W. & Patton, B. (1991) Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In (2e éd.) Penguin Books, New York
  • Tversky, A. & Kahneman, D. (1974) Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases Science, 185(4157), 1124-1131, DOI : 10.1126/science.185.4157.1124
  • Kahneman, D., Knetsch, J. L. & Thaler, R. (1986) Fairness as a Constraint on Profit Seeking: Entitlements in the Market The American Economic Review, 76(4), 728-741
  • Galinsky, A. D. & Mussweiler, T. (2001) First Offers as Anchors: The Role of Perspective-Taking and Negotiator Focus Journal of Personality and Social Psychology, 81(4), 657-669, DOI : 10.1037/0022-3514.81.4.657
  • Bazerman, M. H. & Neale, M. A. (1992) Negotiating Rationally The Free Press, New York
  • Thompson, L. (2015) The Mind and Heart of the Negotiator (6e éd.) Pearson, Boston

Exercice éclair

Testez-vous avant de répondre

Répondez mentalement, puis déroulez la correction. La mémoire se construit par la récupération active.

1 Quels signaux doivent vous alerter ?
  • Un chiffre présenté comme une évidence
  • « Le marché, c'est comme ça »
  • Une comparaison orientée
2 Quelles parades appliquer ?
  • Recadrer avec une autre référence
  • Demander la source
  • Changer d'unité de mesure

Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande le plus

Qu'est-ce que la technique « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS » ?

Plutôt que d'opposer deux volontés (« je veux » contre « je veux »), la technique des critères objectifs ancre la discussion sur des standards externes et légitimes : prix du marché, précédents, normes techniques, expertise indépendante, indices officiels. La négociation cesse d'être un bras de fer pour devenir la recherche commune de la solution la plus juste. Celui qui refuse une référence légitime doit en proposer une autre, ce qui maintient l'échange sur un terrain rationnel où la pression cède la place au principe.

La technique « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS » est-elle éthique ?

Oui, employée de bonne foi elle reste dans le cadre d'une négociation loyale : elle structure l'échange sans tromper l'autre partie. La transparence sur vos intentions renforce la relation à long terme.

Comment se défendre contre « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS » ?

Accepter le cadre implicite sans le nommer. Le bon réflexe : recadrer avec une autre référence.

Sur quoi repose la technique « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS » ?

Négocoach n'évalue pas la validation expérimentale de cette technique prise isolément. Ce que nous documentons est l'adossement de son école d'origine (École de Harvard) : École adossée à la recherche expérimentale. Le détail figure dans la section « Fiche d'identité » de cette page.

S'entraîner avec l'IA

Trois prompts prêts à l'emploi

Copiez, collez dans votre assistant, remplacez les [crochets]. Compatible ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral, Perplexity.

Préparer

Bâtir votre plan avant l'entretien

Tu es un coach expert en négociation. Aide-moi à préparer l'usage de la technique « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS » dans la situation suivante : [décris ta situation]. Donne-moi : les conditions de réussite, un script en 3 étapes, les objections probables de mon interlocuteur et comment y répondre.

Simuler

Répéter face à un interlocuteur IA

Joue le rôle de mon interlocuteur dans une négociation. Je vais tester la technique « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS ». Réagis de façon réaliste et résistante, ne cède pas trop vite, puis à la fin analyse ma performance et propose-moi 3 améliorations concrètes.

Débriefer

Analyser une négociation passée

Voici le déroulé de ma négociation : [colle les échanges]. Analyse si la technique « La Technique des CRITÈRES OBJECTIFS » a été bien employée, ce qui a fonctionné, les erreurs commises, et détaille précisément ce que j'aurais pu faire mieux.

Références

Bibliographie & sources sérieuses

Ouvrages fondateurs de l'école 🎓 École de Harvard dont relève cette technique.

  • Couverture : Getting to Yes, Negotiating Agreement Without Giving In

    Getting to Yes, Negotiating Agreement Without Giving In

    Livre

    R. Fisher & W. Ury · 1981

    Le manifeste de la négociation raisonnée : sortir du marchandage de positions pour négocier sur les intérêts, séparer les personnes du problème, inventer des options à bénéfice mutuel et s'appuyer sur des critères objectifs. Le livre de négociation le plus vendu au monde.

  • Couverture : Getting Past No

    Getting Past No

    Livre

    W. Ury · 1991

    La suite pratique de Getting to Yes : négocier face à un interlocuteur difficile, hostile ou de mauvaise foi. Ury y expose la « négociation percée » en cinq étapes, dont le fameux « aller au balcon » pour maîtriser ses émotions.

  • Couverture : Negotiation Genius (Harvard Business School)

    Negotiation Genius (Harvard Business School)

    Livre

    D. Malhotra & M. Bazerman · 2007

    Une synthèse moderne des recherches de Harvard : créer puis revendiquer de la valeur, déjouer les biais, gérer le mensonge et négocier depuis une position faible. Très riche en cas concrets et en outils.

R. Fisher & W. Ury, « Getting to Yes », Harvard Negotiation Project, 1981.

En vidéo

Voir la technique en action

Des vidéos pour visualiser CRITÈRES OBJECTIFS et l'ancrer par l'exemple.

Sélection vidéo vérifiée en cours d'enrichissement, la recherche ci-dessus vous donne déjà les meilleures vidéos sur le sujet.

Carte de la technique

Où se situe cette technique

Chaque technique s'inscrit dans un réseau : ce qu'elle mobilise, ce avec quoi elle se combine, où elle s'applique, et comment s'en défendre.

Leviers activés

biais & émotions

Est contrée par

Repérez ses signaux, neutralisez-la et retournez-la grâce au mode d'emploi défensif de cette fiche.

Voir les contre-techniques

À retenir

  • En une phrase

    Plutôt que d'opposer deux volontés (« je veux » contre « je veux »), la technique des critères objectifs ancre la discussion sur des standards externes et légitimes : prix du marché, précédents, normes techniques, expertise indépendante, indices officiels. La négociation cesse d'être un bras de fer pour devenir la recherche commune de la solution la plus juste. Celui qui refuse une référence légitime doit en proposer une autre, ce qui maintient l'échange sur un terrain rationnel où la pression cède la place au principe.

  • Le bon réflexe

    Imposez votre propre grille de lecture avant que l'autre n'installe la sienne.

  • À ne jamais faire

    Accepter le cadre implicite sans le nommer.

6,3/10 potentiel tactique Faible vigilance École adossée à la recherche expérimentale

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